Réflexion sur le capacitisme

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Texte initialement publié  sur le site du FUIQP le 28 mars 2017.

Pour commence, je vais donner la définition du capacitisme et de deux autres termes.


Capacitisme : système de discrimination (d’oppression) à l’encontre des personnes ayant une ou des incapacités (physique et mentale).

Personnes ayant (une ou) des incapacités : il semble que c’est beaucoup utiliser au Canada. c’est perçu comme synonyme d’handicapé-e

Capablé-e : c’est totalement un néologisme. Synonyme de valide, Personne sans incapacités physiques ou/et mentales.

Généralement les collectifs, organisations de personnes ayant des incapacités physiques nomme les oppressions qu’elles subissent en tant que validisme. Il y a deux choses qui me dérange. La première c’est justement ce mot est utilisé (majoritairement) que par les organisations de personnes ayant des incapacités physiques, les organisations de personnes ayant des incapacités mentales préfèrent le terme de psychophobie ou de capacitisme. La deuxième raison est aussi la raison de l’invention du néologisme capablé-es, si on dit validisme ou valide, on conclu qu’il y a invalide. Qu’est-ce qu’invalide ? Un truc ou un militaire qui ne sert plus et ne servira plus. C’est pas pour nous glorifier mais j’estime qu’on sert à quelque chose, au moins à emmerder les institutions.

Je préfère me dire « personnes ayant une ou des incapacités » car premièrement il y a empowerment, nous nous nommons pour mieux penser nos luttes,ça permet de repenser l’anticapacitisme, de se l’approprier individuellement puis collectivement, je me dit en incapacités, il y a des choses que mon corps ou ma conscience ne peut pas (pour certain-ne ne pourra jamais), est incapable, de faire mais je peux faire d’autres choses. Tandis que quand je dis, j’ai un handicap, je trouve que c’est beaucoup plus lourd, plus péjoratif, évidemment c’est la société qui lui a donné ce poids. Ensuite pourquoi on dit pas handicapant-e car faut dire la vérité, certain-ne bossent pas du tout et les autres niveau compétitivité et productivité, les patron-nes préfère payer des amandes que d’employer des personnes ayant des incapacités.Nous handicapons la société capitaliste (c’est jouissif de dire ça). Se dire personnes ayant des incapacités ça permet plus facilement d’expliquer le capacitisme puisque la notion de capacité figure dans notre désignation même.

On peut (comme dans les autres oppressions) distinguer 2 formes de capacitismes :


Institutionnel, c’est les bâtiments officiaux pas totalement (ou pas de tout)
accessible, le métro non plus sauf les dernières lignes (je l’ai jamais pris seul), le bus, si la/le conduct-trice-eur à la flème de sortir la rampe, se barre. C’est notre déresponsabilisation, on est financièrement dépendant-e de notre tutelle jusqu’à 20 ans (l’allocation des adultes handicapés (804E) est accessible qu’a 20 ans mais si t’es marié-e, t’as plus rien1), si tu vas avec un-e accompagnant-e à un rendez-vous extraloisir, médical ou administratif, la grande majoritaire des personnes parlera uniquement à l’accompagnant-e. C’est le fait de signer, quand t’as pas la capacité physique de signer, on te conseille d’être sous curatelle ou tutelle c’est-à-dire nous remettre sous l’autorité d’un adulte donc redevenir mineur-e. Il y a capacitisme à l’embauche aussi. C’est le téléthon2, oui jouer sur le pathos ou la pitié des personnes pour les inciter à faire des dons en montrant des personnes ayant des incapacités très lourdes c’est extrêmement capacitiste et malhonnête, surtout que l’argent va aux entreprises pharmaceutiques. Je dis pas qu’il faut pas donner «à la science» mais le fait de nous utiliser pour créer de l’empathie chez l’autre est pervers. Sur les réseaux sociaux, on trouve le même phénomène mais pour avoir des like. C’est aussi le cinéma, dernièrement on a eu deux films qui été loin de la réalité. Intouchable et Avant Toi3, je vais commenter vite fait le second. Alors c’est l’histoire d’un banquier qui, suite à un accident, devient infime et veut se suicider et d’une joyeuse prolo qui devient son auxiliaire de vie, ils deviennent amoureux, il voyage, c’est mignon mais vaut mieux être capablé-e et pauvre qu’infirme et riche apparemment car le banquier se fait euthanasier avec l’aide de sa bien-aimée auxiliaire de vie… C’est magnifique, non ? Un film fait par des capablé-es d’après un livre écrit par une capablée, joué par des capablé-es pour émouvoir majoritairement des capablé-es sur une riche personne ayant des incapacités… J’ai vachement envie de m’identifier au personnage. Bien évidemment certain-es personnes ayant des incapacités veulent mettre fin à leurs jours mais c’est, majoritairement, parce que la société, leur famille, leur environnement leurs font comprendre qu’ielles n’auront jamais de famille, d’enfants, qu’ielles seront toujours tristes et seul-es. Alors ça peut du complexe du dominé-e en passant par une de soi jusqu’au suicide. Notre société est faite par des capablés pour des capablés..


Personnel, alors j’ai envie d’ajouter deux sous catégories parce que il y a les capacitistes décomplexé-es qui nous insultent, nous volent et violent parce qu’on peut pas ou difficilement nous défendre.
Il y a les capacitistes ignorant-es qui nous parlent avec un vocabulaire pauvre et se baissent pour se mettre à notre hauteur (comme si on avait 3ans). Dehors on demande (à moi et aux personnes autour) souvent si je seul comme si c’était extraordinaire, d’ailleurs en manif on dit presque toujours que c’est courageux de venir, alors que non, je fais juste comme les autres camarades. Certaines vidéos ou images sur internet nous utilisent pour motiver la/le capablé-es avec comme message (direct ou indirect) : ielle peut faire ça alors pourquoi pas toi. Ou encore : regardez, c’est un handicapé et il est heureux alors profitez de la vie (et taisez-vous)4. Quand un-e cabablé-e est face à une action faite par une personne ayant des incapacités, sa réaction sera exagérée, hyperbolisée. Exemple : devant une œuvre faite par une personne ayant des incapacités, la/le capablé-e se demandera si c’est vraiment la personne ayant des incapacités, l’auteur-e puis commencera à glorifier cette personne, à la pleurer et pensera que c’est « vraiment dommage qu’elle soit handicapée ». Cette exemple est valable pour une compétence sportive, un certain niveau de culture et même pour la beauté, «ielle est belle-beau MAIS c’est un-e handicapé-e ». Fanon disait à peu près ça concernant les personnes noires. Plusieurs fois, des personnes m’abordent et me font «Moi aussi j’ai un cousin handicapé.» c’est sympa mais, la vérité, je m’en fout. C’est le même genre de phrases que : «j’ai un-e ami-e noir-e ».
Le capacitisme ignorant c’est traiter même gentiment un capablé-e de malade, handicapé-e, taré-e, dingue, mongole, schizo, infime…5 Ou l’éternelle bêtise de dire qu’on est tout-tes un peu handicapé-es, dire ça c’est ignorer le système capacitisme.

Sur le plan des revendications anticapacitistes, il y a les traditionnelles : accessibilité des espaces publics et privés, revalorisation de l’Allocation Adulte Handicapé après je sais pas si les assos comme APF en a d’autres. Mais s’agissant de revendications radicales (minoritaires), il y a fermeture des hôpitaux psychiatriques car c’est des prisons psychologique et toutes prisons est inhumaine donc à abattre. Il y a des alternatives qui marchent, des centres communautaires désinstitutionnalisés notamment6. L’assistance sexuelle, grand débat au sein même des militant-es, certain-ne sont pour d’autre non. Perso je suis pour car un être qui veut mais ne peut se branler est en souffrance totale. L’assistance sexuelle c’est juste caresser et/ou masturber des personnes ayant l’incapacité d’assouvir ce besoin, c’est aussi aider un couple ayant des incapacités à s’unir car ielles sont paralysé-es7. En France c’est illégal mais toléré. Je suis pour l’autogestion des MDPH,actuellement elles servent à approuver les allocations et leur montant, à approuver l’entrer des personnes dans les différentes établissements, à financer les fauteuils et autres matériaux. Les MDPH sont aujourd’hui gérées essentiellement par les capablé-es. j’aimerais aussi que les structures où certain-es d’entre nous vivre soit autogéré exclusivement par nous comme la maison de retraite des babayaga.8 Que dans ces structures, on arrêtent l’infantilisation c’est horrible. Dire (hurler) à une personne de 20-30-40 ans, d’aller bouffer, chier ou dormir. La ridiculiser devant ses ami-es, interdire à un couple de juste dormir ensemble. Je militerai toujours pour l’autorisation des rapports sexuels dans les structures, même entre résidant-es et aidant-e parce que ça existe, plusieurs couples se sont formés comme ça et j’en ai rien à faire de leur éthique, c’est un fait. Il y a encore des amours clandestins encore aujourd’hui car la morale est plus forte.

Notes

1 https://www.youtube.com/watch?v=oyXnj2ygViU

2 http://www.bondyblog.fr/201612050750/vous-avez-donne-au-telethon-vous-nauriez-pas-du/#.WLXaatY2u72

3 http://clhee.org/2016/06/22/avant-toi-ce-sera-sans-nous/

4 https://www.facebook.com/sympasympacom/videos/vb.406148836261567/441544609388656/?type=3&theater

5 http://contre-attaques.org/magazine/article/arretons-de

6 https://www.cairn.info/revue-l-information-psychiatrique-2009-2-page-123.htm

7 https://www.appas-asso.fr/l-accompagnement-sexuel/l-accompagnement-sexuel-témoignages/

8 https://blogs.mediapart.fr/danielle-michel-chich/blog/271112/la-maison-des-babayagas-un-projet-pour-vieilles-qui-decoiffe