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Réflexion sur le capacitisme

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Le triangle noir symbolisé les personnes asociales chez les nazis, Un collectif anticapacitiste anglais, le : DPAC (Disabled People Against Cuts) l’a intégré dans son logo. Je penses qu’il faut l’adopter comme symbole de la lutte anticapacitiste.

Texte initialement publié  sur le site du FUIQP le 28 mars 2017 et modifié en février 2019 pour la formation politique “introduction à la lutte anticapacitiste” que j’ai présenté sur invitation de la Zone de Solidarité Populaire 18e.

Définition :

Capacitisme : un système d’oppression et d’exclusion des personnes ayant des incapacités physiques, mentales, intellectuelles ou sensorielles durables et se construisant par une société normative qui créé des situations de handicap via son environnement, son fonctionnement.

Personne ayant des incapacités est une personne ayant des déficiences psychologique, physiologique et/ou anatomique.

Personne en situation de handicap est une Personne ayant des incapacités qui du fait des inadaptations de la société et de la norme sociale se retrouve “exclues” de toute participation à la vie sociale.

Valide/validé-e/capablé-e est une personne qui n’a pas de situation de handicap. (Ayant des incapacités ou pas.)

Donc on a des déficiences qui causent des incapacités. Puis du fait de l’inadaptation de la société, celle-ci créé des situations de handicap.

 

Le capacitisme est basé sur le système capitaliste, l’ergothérapie s’est développé pour réadapter nos corps à travailler(1.). On cherche à exploiter et rentabiliser nos corps le plus possible et si on est peu ou pas performant-e, on est « exclu-es » de la société. L’adaptation de la société coûte de l’argent donc on nous enferme en institutions-ghettos.
Le capitalisme est lui-même majoritairement responsable de nos déficiences/incapacités, quand on pousse les personnes au rendement et à la productivité, ça fabrique des déficiences/incapacités, accidents de travail mais aussi des erreurs médicales qui engendre deq déficiences/incapacités.
Je ne distingue pas le Capital de l’État-Nation ; Les violences policières, la dépendance aux drogues, les violences classistes, racistes, celles fondées sur l’orientation sexuelle qui fabriquent des déficiences/incapacités existeront tant que le Capital-Etat-Naton existera.

Généralement les collectifs en France, les organisations de personnes ayant des incapacités physiques nomment les oppressions qu’elles subissent en tant que validisme. Il y a deux choses qui me dérange. La première c’est justement ce mot est utilisé (majoritairement) par les organisations de personnes ayant des incapacités physiques, les organisations de personnes ayant des incapacités mentales préfèrent le terme de psychophobie (rarement de validisme, encore moins de capacitisme.) La deuxième raison est aussi la raison de l’invention du néologisme capablé-es, si on dit validisme ou valide, on conclu qu’il y a invalide. Qu’est-ce qu’invalide ? Un truc ou un militaire qui ne sert plus et ne servira plus. C’est pas pour nous glorifier mais j’estime qu’on sert à quelque chose, au moins à emmerder l’Etat. Pendant une discussion avec les camarades du Collectif de Lutte AntiCapacitiste, une camarade nous a proposé les termes validé-e/invalidé-e, sous-entendu par la société.
Bien entendu, le concept de « Validité » est comme les concepts de « sexe » ou de « race », un concept sociale, construit par la société.

Je préfère me dire « personnes ayant une ou des incapacités » car premièrement il y a empowerment, nous nous nommons pour mieux penser nos luttes,ça permet de repenser l’anticapacitisme, de se l’approprier individuellement puis collectivement, je me dit en incapacités, il y a des choses que mon corps/cerveau ne peut pas (pour certain-ne ne pourra jamais), est incapable, de faire mais je peux faire d’autres choses, il faut seulement que la société s’adapte à mes incapacité. Beaucoup de personnes pensent que le handicap c’est, par exemple le fait de pas marcher. C’est absolument pas le cas, le fait de pas marcher, voir, comprendre « facilement » etc. c’est des incapacités. Le handicap est un obstacle mis par cette société normative. En Espagne, ielles parlent de personne avec des diversités fonctionnelles pour parler des personnes ayant des incapacités, ça me pose problème. Pourquoi les personnes qui ne sont pas en situation de handicap, on les considère qui sont sans diversités fonctionnelles ?

On peut (comme dans les autres oppressions) distinguer 2 formes de capacitismes :

Institutionnel : c’est les bâtiments officiaux pas totalement (ou pas de tout) accessible, le métro non plus sauf les dernières lignes (je l’ai jamais pris seul), le bus, si la/le conduct-trice-eur à la flemme de sortir la rampe, ielle se barre. C’est notre déresponsabilisation, on est financièrement dépendant-e de notre tutelle jusqu’à 20 ans, (l’allocation des adultes handicapés (860E maintenant) est accessible qu’à 20 ans mais si t’es marié-e ou vis en couple, t’as presque plus rien), si tu vas avec un-e accompagnant-e à un rendez-vous extraloisir, médical ou administratif, la grande majoritaire des personnes parlera uniquement à l’accompagnant-e. C’est le fait de signer, quand t’as pas la capacité physique de signer, on te conseille d’être sous curatelle ou tutelle c’est-à-dire nous remettre sous l’autorité d’un adulte donc redevenir mineur-e. Il y a capacitisme à l’embauche aussi.
C’est le téléthon. Importé des USA, depuis 1987, le téléthon événement caritatif organisé le premier week-end de décembre par l’Association française contre les myopathies (AFM) avec l’aide de France Télévision et Lions Clubs International dans le but de financer des projets de recherche sur les maladies génétiques neuromusculaires (myopathies, myotonie de Steinert) essentiellement, mais aussi sur d’autres maladies génétiques rares.
Le téléthon utilise nos corps et nos vies pour émouvoir le public « valide » qui lâchera des euros plus facilement. Pendant tout un week-end, des histoires individuelles de personnes concernées défilent sur France Télévision, représenté comme des leçons de vies, des personnes inspirantes, tout en dramatisant le handicap (créé par la société normative).
Le handicap c’est tellement triste, soit on le subi donc on en est victime, soit on le dépasse et on devient des Héro-innes ! Notre but dans la vie est évidemment c’est la guérison, c’est pas du tout être autonome, étudier, voyager, fonder une famille ou pas, vivre tout simplement. Guérir, devenir normal-e !
Ce n’est pas nos déficiences/incapacités qui nous handicapent mais la société capacitiste et son environnement. Sur les réseaux sociaux, on trouve le même phénomène mais pour avoir des likes qui “aideront la personne à guérir”. C’est aussi le cinéma, exemple de deux films qui été loin de la réalité. Intouchable et Avant Toi, je vais commenter vite fait le second. Alors c’est l’histoire d’un banquier qui, suite à un accident, devient infime et veut se suicider et d’une joyeuse prolo qui devient son auxiliaire de vie, ils deviennent amoureux, il voyage, c’est mignon mais vaut mieux être capablé-e et pauvre qu’infirme et riche apparemment car le banquier se fait euthanasier avec l’aide de sa bien-aimée auxiliaire de vie… C’est magnifique, non ? Un film fait par des capablé-es d’après un livre écrit par une capablée, joué par des capablé-es pour émouvoir majoritairement des capablé-es sur une riche personne ayant des incapacités… J’ai vachement envie de m’identifier au personnage. Bien évidemment certain-es personnes ayant des incapacités veulent mettre fin à leurs jours mais c’est, majoritairement, parce que la société, leur famille, leur environnement leurs font comprendre qu’ielles n’auront jamais de famille, d’enfants, qu’ielles seront toujours tristes et seul-es. Alors ça peut passer du complexe du dominé-e en passant par un mépris de soi jusqu’au suicide.

La volonté de se suicider est semblable à celle de guérir, devenir normal-e découlent d’une même cause : Notre société est faite par des capablés pour des capablés..

Personnel : Alors j’ai envie d’ajouter deux sous catégories parce que il y a les capacitistes décomplexé-es qui nous insultent, nous volent et violent parce qu’on peut pas ou difficilement nous défendre.
Il y a les capacitistes ignorant-es qui nous parlent avec un vocabulaire pauvre et se baissent pour se mettre à notre hauteur (comme si on avait 3ans). Dehors on demande (à moi et aux personnes autour) souvent si je suis seul comme si c’était extraordinaire, d’ailleurs en manif on dit presque toujours que c’est courageux de venir, alors que non, je fais juste comme les autres camarades. Certaines vidéos ou images sur internet nous utilisent pour motiver la/le capablé-es avec comme message (direct ou indirect) : ielle peut faire ça alors pourquoi pas toi. Ou encore : regardez, c’est un handicapé et il est heureux alors profitez de la vie (et taisez-vous). Quand un-e cabablé-e est face à une action faite par une personne ayant des incapacités, sa réaction sera exagérée, hyperbolisée. Exemple : devant une œuvre faite par une personne ayant des incapacités, la/le capablé-e se demandera si c’est vraiment la personne ayant des incapacités, l’auteur-e puis commencera à glorifier cette personne, à la pleurer et pensera que c’est « vraiment dommage qu’elle soit handicapée ». Cette exemple est valable pour une compétence sportive, un certain niveau de culture et même pour la beauté, «ielle est belle-beau MAIS c’est un-e handicapé-e ». Fanon disait à peu près ça concernant les personnes noires. Plusieurs fois, des personnes m’abordent et me font «Moi aussi j’ai un cousin handicapé.» c’est sympa mais, la vérité, je m’en fout. C’est le même genre de phrases que : «j’ai un-e ami-e noir-e ».
Le capacitisme ignorant c’est traiter même gentiment un capablé-e de malade, handicapé-e, taré-e, dingue, mongole, schizo, infime… Ou l’éternelle bêtise de dire qu’on est tout-tes un peu différent-es, dire ça c’est ignorer le système capacitisme.

Sur le plan des revendications anticapacitistes, il y a les traditionnelles : accessibilité des espaces publics et privés pour toutes les personnes, revalorisation de l’Allocation Adulte Handicapé, la non-prise en compte du salaire de la ou du conjoint-e dans pour définir le montrant et de la Prestation de compensation du handicap (PCH).

La désinstitutionalisation est probablement notre lutte principale :
Fermeture des hôpitaux psychiatriques car c’est des prisons psychologique et toutes prisons est inhumaine donc à abattre. Il y a des alternatives qui marchent, des centres communautaires désinstitutionnalisés comme en Espagne qui s’exerce dans l’environnement des individu-es en mêlant justice sociale et solidarité en fixant comme objectif l’empowerment des concerné-es. Comme en Italie où en 78 avec la loi 180 ou loi Basagilia, on a tout simplement fermé les HP à la place des appartements médicalisés, des auberges, des foyers, des centres de jour, et des coopératives gérées par les patient-es.

Du 3 au 13 octobre 2017, une Rapporteur Spécial des Nations Unies pour les droits des personnes handicapées était en visite en France, elle s’inquiète, entre autres « qu’environ 100,000 enfants et 200,000 adultes handicapés résident dans des institutions de toutes sortes» . Les institutions doivent être totalement fermée, L’État doit tout mettre en place pour qu’on vive de manière autonome. Il faut savoir que les structures où certain-es d’entre nous vivre, on infantilisent les résidant-es, c’est horrible. Dire (hurler) à une personne de 20-30-40 ans, d’aller bouffer, chier ou dormir. La ridiculiser devant ses ami-es, interdire à un couple de juste dormir ensemble. C’est inhumain. L’inhumanité c’est aussi interdire les rapports amicaux, amoureux et encore plus sexuel entre un-e résidant-e et un-e salarié-e. Alors on justifie cette connerie par la peur qu’il y est une préférence entre résidant-e mais on préfère toujours quelqu’un à un autre, un-e salarié-e préfère toujours un-e résidant-e à un-e autre et inversement. Donc c’est un faux prétexte, s’il doit y en avoir un.
Aujourd’hui la CNSA (Caisse Nationale pour la Solidarité et l’Autonomie) reverse 82% de son budget (chiffre 2018) aux institutions-ghettos, (Je cherche toujours à comprendre pourquoi, si vous voulez c’est comme si l’ancienne allocation temporaire d’attente qui était versée aux ex taulard-es était à 80 % reversée aux prisons). Donc cet argent doit exclusivement servir à financer la PCH.

L’assistance sexuelle, grand débat au sein même des militant-es, certain-ne sont pour d’autre non. Perso je suis pour. Ici, L’Association Pour la Promotion de l’Accompagnement Sexuel définie l’Assistance Sexuelle comme «une solution permettant à des personnes en situation de handicap d’avoir accès à une vie intime, sensuelle et/ou sexuelle. ». De la prostitution réservé aux personnes en situation de handicap.
En décembre j’étais à Barcelone, iels distinguent l’assistanat sexuelle de la prostitution. L’assistance sexuelle est définie comme une aide pour la personne ayant l’incapacité de se masturber ou seulement toucher son corps.
Je suis plus proche de la définition espagnole, (la française nous marginalise plus qu’autre chose) par contre je considère l’AS comme de la prostitution donc, je pense, il vaut mieux d’abord légiféré/légalisé la prostitution et ensuite débattre sur l’AS.

Je suis pour l’autogestion des MDPH,actuellement elles servent à approuver les allocations et leur montant, à approuver l’entrer des personnes dans les différentes établissements, à financer les fauteuils et autres matériaux. Les MDPH sont aujourd’hui gérées essentiellement par les capablé-es.

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1. “Dans ces centres, par l’ergothérapie, la recherche de possibilités gestuelles sur le plan professionnel et leur perfectionnement, sont prioritaires sur la scolarité et la socialisation. Le développement intellectuel est stoppé, et les I.M.C. sont préparés à occuper des postes de conditionnement ou automatiques, soit en atelier protégé pour les plus rentables, soit en centre d’aide par le travail pour les autres, les plus aliénés à la tâche.” In Infirmités et inadaptation sociale : pour une étude socio-politique de l’intégration des handicapés dans la société capitaliste de Jean-Marc Bardeau

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Livres :

Infirmités et inadaptation sociale : pour une étude socio-politique de l’intégration des handicapés dans la société capitaliste de Jean-Marc Bardeau.

Babette handicapée méchante de Elisabeth Auerbacher.

Le Normal et le pathologique de Georges Canguilhem.

 

Documentaires :

Bon Pied, Bon Œil et toute sa tête de Gérard Leblanc avec le Comité de Luttes des Handicapé.

Yes, We Fuck! de Antonio Centeno et Raúl de la Morena.

Le Mur de Sophie robert.

 

Collectifs/organisation :

Collectif de Lutte AntiCapacitiste (CLAC)

Handi-Social

Collectif Lutte et Handicaps pour l’Egalité et l’Emancipation (CLHEE)

Collectif Anticapacitiste du Pays de Morlaix