Repenser l’anticapacitisme

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REUTERS/David Mercado Bolivie: manifestation marathon - 27/02/2012 Des centaines de personnes ayant une (ou des) incapacité(s) sont arrivés à La Paz, siège du gouvernement bolivien, jeudi 23 février après avoir parcouru 1600 km pendant plus de cent jours. Elle réclament au gouvernement bolivien une pension de 3000 bolivianos (434 $) pour chaque personne ayant une (ou des) incapacité(s
REUTERS/David Mercado
Bolivie: manifestation marathon – 27/02/2012
Des centaines de militant-es anticapacitistes sont arrivés à La Paz, siège du gouvernement bolivien, jeudi 23 février après avoir parcouru 1600 km pendant plus de cent jours. Elle réclament au gouvernement bolivien une pension de 3000 bolivianos (434 $) pour chaque personne ayant une (ou des) incapacité(s

Azul,

Pour la nomenklatura capitalisme, je suis une personne handicapée. Alors d’après le dictionnaire de monsieur Littré, une personne c’est : “Un homme ou une femme.” Jusqu’à là rien de surprenant, le plus intéressant c’est la définition que donne Littré du mot “Handicap”. En effet, d’après notre ami Émile, le handicap c’est : Un “[genre] de courses dont la distance et les poids ne sont indiqués qu’après l’engagement. […]”  JE SUIS UNE PERSONNE EN COURSE! Plus sérieusement, je comprends pas ce mot, nous devrons plutôt dire : Personne handicapante car oui les infimes et les folles/fous handicapent la société compétitive, NOUS somme un handicap pour le Capital et le capacitisme est un sous-système de discrimination à l’encontre des personnes ayant une ou des incapacités (ce que la novlangue nomme “Personnes ayant un handicap, Personnes Handicapées, Handicapés, Personne à Mobilité Réduite…”). Le capacitisme est une progéniture du système capitalisme, comme le l’hétérocispatriarcat, la suprématie blanche, l’agisme,… La société capitaliste nous nomme “handicapé-es” ou autres dérivés, c’est-à-dire perçu-e comme un obstacle dans cette société compétitive et surproductive. Donc avec des camarades anticapacitiste, on pense que se dire “personne ayant une (ou des) incapacité(s)” est mieux car 1) il y a un empowement des infimes et des fous-folles 2) et ça permet de repenser l’anticapacitisme, de se l’approprier individuellement puis collectivement. On pourrait aussi renommer notre exploit-eur-rice, oppresseur-es sociale potentiel-le car le nommer “valide” c’est accepter de nous définir “invalide” que je trouve réducteur, c’est soit un soldat incapable de continuer le service militaire ou un papier administratif non conforme aux lois donc en partant du mot “capable” on pourrait juste ajouter le suffixe -é ou -ée pour construire le nom commun : capablé-e. Un-e capablé-e est une personne sans incapacités physiques ou/et mentales.

On veut donner de l’autonomie à “l’handicapé-es” mais juste le minimum. Sérieusement qui peut vivre avec 804 € et des poussières (Allocation Adulte Handicapé) par mois ? C’est même pas le SMIC ! Le plus drôle c’est quand une personne ayant une (ou des) incapacité(s) plus ou moins grande(s) demande à vivre en logement (seul-e avec des aidant-es), l’assistante sociale de la MDPH te dit : On comprend bien mais on a peur que vous n’ayez plus de vie sociale… WTF, si je demande à vivre en appart’ c’est que j’ai envie d’un peu de solitude mais même c’est illogique, si un-e capablé-e demande à vivre seul-e, au pire on lui dire de bien réfléchir mais on va pas lui dire d’aller je sais pas où pour “apprendre à vivre seul-e” ou d’attendre 23ans (non, moi non plus, pas compris pourquoi 23ans mais l’A.S m’a sorti ça). Il y a une déresponsabilisation des personnes ayant des incapacités, quand je sors dans la rue et que je me pose près d’un banc, plusieurs personnes viennent et me demandent si j’ai besoin dire, encore ça, ça va, mais d’autres personnes demandent aux gen-te-s à côté de moi si je suis seul, pourquoi ne pas venir me voir ? (Des situations similaires me sont arrivées dans les milieux militants). Une fois, on a voulu boire une bière entre pote, rien d’extraordinaire en somme, oui mais on est 3 personnes en fauteuil donc pour ce barman, il nous fallait un “accompagnateur” car c’est la loi, comme on est très curieux, on voulait voir les textes, apparemment ils sont ” trop grands” (?)… Je tiens à préciser qu’à aucun moment, il nous a demandé nos cartes d’identités, son refus est dû uniquement à des préjugés sur des personne ayant une (ou des) incapacité(s). La déresponsabilisation des personne ayant une (ou des) incapacité(s) c’est aussi juridique quand la CAF ou la banque entre autre te “conseille fortement” de prendre une curatelle ou une tutelle; nous mettre sous l’autorité d’un-e capablé-es pour notre bien apparemment, ouais mais non merci, je préfère galérer et gérer ma vie tout seul…

Nous devons nous réapproprier la lutte anticapacitiste, la repenser en terme d’intersectionnalité, une personne ayant des incapacités issue du prolétariat vit moins bien qu’une personne ayant une (ou des) incapacité(s) issue de la bourgeoisie. Le capacitisme s’ajoute au classisme, au racisme, aux LGBTIQphobie, au sexisme, à l’âgisme, à l’antisémitisme, à l’islamophobie… Ne nous nous disions pas apolitique, prenons position, ce que les organisations anticapacitistes mainstream ne font pas (d’ailleurs font pas grand chose), nous devons nous constituer en collectifs autonomes, partager nos expériences, organiser des actions de blocus,… Nous devons faire une analyse complète et critique des MDPH, réfléchir à des nouvelles structures émancipatrices autogérée par des personnes ayant une (ou des) incapacité(s), dans les structures d’hébergement ou d’accueil du jour, nous devons participer activement à la gestion du lieu, au recrutement de personnel, nous devons remettre en cause les règlements intérieurs et reprendre nos lieux de vie en main.

Je vous laisse avec une vidéo du Collectif de Lutte Anticapacitistes qui explique avec humour le capacitisme et un texte en vers sur l’anticapacitisme radical

Anticapacitisme radical

Je rêve de HP brûlés, de MDPH saccagées,
Aucune alternative, riposte militante
Comme solution à une gestion irritante,
Je rêve de l’État acculé et de l’APF dégagée
De nos luttes. Pour un anticapacitisme radical
Contre les préjugés à l’odeur fécale.

J’emmerde ta pitié, non tu me verras jamais au téléthon.
Puis les dons, j’en ai jamais vu la couleur, laisses béton.
Tou-tes les infimes ne sont pas intouchables,
Mais tou-tes les capablé-es sont coupables
De capacitisme, la société est dirigée
Par eux et pour eux. Mais tout ça va voltiger.

Je rêve de HP brûlés, de MDPH saccagées,
Aucune alternative, riposte militante
Comme solution à une gestion irritante,
Je rêve de l’État acculé et de l’APF dégagée
De nos luttes. Pour un anticapacitisme radical
Contre les préjugés à l’odeur fécale.

Pour mieux fliquer les étudiant-es, on peut
Toujours taper dans la caisse d’insertion
des «personnes handicapées». Discours sirupeux
Mais la réalité est à l’opposé. L’humiliation
Au quotidien, l’importance de l’accessibilité
Toujours minimiser. Politique de l’irréalité.

Je rêve de HP brûlés, de MDPH saccagées,
Aucune alternative, riposte militante
Comme solution à une gestion irritante,
Je rêve de l’État acculé et de l’APF dégagée
De nos luttes. Pour un anticapacitisme radical
Contre les préjugés à l’odeur fécale.

Je veux pas m’adapter à la société
Mais adapter la société à notre incapacité.
Pourquoi voulez-vous que je marche ?
Chaque capacitiste, sa démarche ;
Pitié religieuse ou indifférence,
Tou-tes prisonni-er-èrs de l’ignorance.

Med’H