C’est la période des fêtes, malheureusement

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“Bonne fêtes de fin d’année”, c’est ce que cette putain d’illumination, installée là, sur la façade du Monop’ d’en face, clignote nuit et jour. Avec cette merde et le froid, je dors moins qu’avant, c’est-à-dire, pas du tout, depuis un ou deux mois mais à force on s’habitue. Chaque année, c’est comme ça. Heureusement que j’ai l’alcool pour me réchauffer, de la heinken, souvent, bah ouais, faut bien acheter à bouffer même si la vodka est mieux pour me niquer.

Tu sais, parfois je me dis que peut-être j’aurais voulu être à la place de tous ces gens qui se sont fait tuer par ces fous de Dieu, au moins personne m’aura pleuré ou regretté. Je suis encore en vie par simple lâcheté, j’ai pas le courage de passer à l’acte, c’est tout.

Regarde, ce type en costard pleins de sacs “Grand’Récrée”, ça fait des années que je le vois, toujours à la même époque, il habite pas ici évidemment. Un jour, il l’a laissé tomber, un ticket de caisse, 250 €, 250 balles de jouets… En passant devant moi, il m’a déposé 50 centimes. Mais tu vois le gaillard là-bas, il s’appelle paprika, surement un surnom, eh bin, lui, il bosse au Carrefour comme homme-de-ménage, presque tous les soirs, il me donne 5 centimes, il me ramène des produits soi-disant périmés et parfois me paye un kebab, mais surtout il me parle, c’est ça qui me retient dans cette chienne de vie, l’humanité en toute humilité.

Revenant à ces illuminations de merde, ça dois coûter la peau de cul, plus que reloger toutes et tous les clodos de France peut-être. Et dire que j’ai fêté la victoire de Hollande en pensant que la gauche avait gagnée, que les pauvres avaient gagnés, je l’ai bien au fond maintenant. J’aurais dû m’en douter, déjà avec Mitterrand… Mais je suis naïf. Je l’ai vu ces chiens de l’État, ces traitres à leur classe, comment ils agressent les migrants, comment ils essayent de casser la solidarité du quartier. Parfois ces chiens viennent, prennent notre misérable cagnotte quotidienne et se cassent, ils nous laissent même pas fumer du chichon parce que apparemment c’est interdit par la loi, oui monsieur, parait que je suis citoyen.

Un jour ou l’autre, ça pétera, le pouvoir sera véritablement aux pauvres, aux exploité-es de toujours et là, ça sera comme une seconde naissance pour toute notre classe. Si je suis encore en vie, je n’hésiterai à pas prendre les armes et à tuer ces criminels à col blanc, ces terroristes démocratiques, ces voleurs immunisés car on a tué ma vie sociale, pire, on ne m’a laissé survivre.